L'idée en bref :

LE DÉFI

Alors que l’intelligence artificielle est de plus en plus présente dans les produits, les processus de fabrication et les prises de décisions des entreprises, les discussions autour des risques liés au numérique tournent désormais davantage autour de la manière dont les données sont traitées par les logiciels.

QUEL EST LE PROBLÈME?

Appliquée à mauvais escient et non réglementée, l’IA est susceptible d’accroître les biais contenus dans les données et donc de produire des résultats inéquitables. De plus, les algorithmes sont souvent difficiles à expliquer, ce qui est amplifié par le fait qu’ils se modifient et s’adaptent à mesure qu’ils intègrent de nouvelles données.

COMMENT Y REMÉDIER

Les chefs d’entreprise doivent analyser clairement un certain nombre de facteurs. Pour garantir l’équité des résultats, ils doivent évaluer l’impact de conséquences injustes, la portée des décisions prises, la complexité opérationnelle et les capacités de gouvernance de l’entreprise. Lorsqu’ils fixent des standards de transparence, ils doivent estimer le niveau d’explication requis et les compromis à faire. En contrôlant l’évolutivité de l’IA, ils doivent tenir compte des risques, de la complexité et des interactions entre l’IA et l’humain.

En ce qui concerne le numérique, le public s’est avant tout soucié, durant la majeure partie de la dernière décennie, de la potentielle utilisation abusive des données personnelles. Les gens n’appréciaient pas que les entreprises surveillent leurs activités en ligne et collectent régulièrement leur numéro de carte de crédit, leur adresse et d’autres informations essentielles. Le fait d’être ciblés par des publicités clairement déclenchées par leurs futiles recherches sur le Web les mettait mal à l’aise et ils redoutaient de voir leur identité être usurpée et d’être victimes de fraudes.

Ces inquiétudes ont conduit à l’adoption aux Etats-Unis et en Europe de mesures, notamment le règlement général sur la protection des données (RGPD) de 2018 de l’UE, garantissant aux internautes un certain niveau de contrôle sur leurs données et images personnelles. Bien entendu, ces mesures n’ont pas mis fi n au débat autour de l’utilisation des données personnelles par les entreprises. Pour certains, imposer des limitations dans ce domaine ne peut que nuire à la performance économique de l’Europe et des Etats-Unis par rapport à d’autres pays moins répressifs en la matière, notamment la Chine, dont les géants du numérique ont prospéré grâce à un accès facile et peu réglementé à toutes sortes d’informations personnelles (récemment, cependant, le gouvernement chinois a commencé à brider la liberté des entreprises de ce secteur, comme en témoignent les lourdes amendes infligées à Alibaba). D’autres font aussi remarquer que les preuves abondent montrant que cette réglementation, plus stricte, a sérieusement désavantagé les petites entreprises européennes face à leurs riches concurrentes américaines telles que Google et Amazon.

Mais le débat est en passe d’entrer dans une nouvelle phase. Alors que l’intelligence artificielle est de plus en plus présente dans les produits, les processus de fabrication et les prises de décisions des entreprises, l’attention est à présent davantage portée sur la manière dont les données sont traitées par les logiciels – en particulier par des algorithmes complexes et évolutifs capables de diagnostiquer un cancer, de conduire une voiture ou d’approuver un prêt. L’UE, qui, de nouveau, ouvre la marche (avec son livre blanc de 2020, intitulé « Intelligence artificielle – Une approche européenne axée sur l’excellence et la confiance » et sa proposition de 2021 visant à doter l’IA d’un cadre juridique), considère la réglementation essentielle au développement d’outils à base d’IA en lesquels les consommateurs peuvent avoir confiance.

Quelles seront les conséquences pour les entreprises ? Les recherches que nous avons menées sur la manière de réglementer les algorithmes d’IA et de mettre en oeuvre des systèmes d’IA basés sur les principes clés qui sous-tendent les cadres réglementaires proposés nous ont permis d’aider des entreprises de divers secteurs à lancer et à développer des projets dans ce domaine. Dans les pages suivantes, nous nous appuierons sur ce travail et celui d’autres chercheurs pour évaluer les trois principaux défis qui se posent aux chefs d’entreprise lorsqu’ils intègrent l’IA dans leurs circuits décisionnels et leurs processus tout en s’efforçant de s’assurer qu’elle ne présente pas de danger pour les clients et que ces derniers peuvent lui faire confiance. Nous proposons également un cadre pour guider les dirigeants dans la mise en oeuvre de ces tâches, en nous inspirant en partie de concepts appliqués à la gestion des risques stratégiques.

Résultats inéquitables : les risques liés à l’utilisation de l’IA