Parler d’IA implique inévitablement de parler de productivité, de compétitivité, de management, de souveraineté mais aussi de risques et de freins. Quels sont les enjeux majeurs actuels ? Comment envisager l’IA de demain ? Les questions comme les arguments ne manquent pas. Débat d’idées entre l’un des leaders mondiaux des logiciels de gestion de la relation client et un spécialiste du numérique qui a une vision prospective, économique et sociétale de l’IA :

  • Émilie Sidiqian, directrice générale de Salesforce France
  • Gilles Babinet, entrepreneur, expert du numérique et président de l’initiative Café IA

HBR : Quand on parle d’IA, on pense spontanément gains de productivité. Quels sont les cas concrets que vous avez pu observer ?

Émilie Sidiqian : L’impact de l’IA dépend du choix des dirigeants. L’IA n’est qu’un outil qui peut aussi bien générer des gains de productivité que contribuer à accélérer la croissance, à innover et à mieux servir les clients. Prenons le cas du service client : grâce à l’IA, les entreprises peuvent répondre 24 heures sur 24, et donc traiter de plus grands volumes, tout en offrant davantage de personnalisation. Dans les deux cas, cela accroît la satisfaction client qui attend une réponse pertinente et rapide. L’IA permet de déployer ce que j’appelle la « technologie du lien » entre une entreprise et ses clients, mais aussi ses partenaires et son écosystème. C’est pour rendre possible cette technologie du lien que Salesforce a évolué d’un CRM classique à un CRM nourri par la donnée, car la pertinence du résultat de l’IA dépend de la donnée. Puis nous avons basculé vers un modèle agentique, pour réinventer le travail dans un contexte hybride mêlant collaborateurs et agents : l’IA agentique va traiter un volume d’activités que les collaborateurs ne pouvaient jusqu’alors pas absorber, automatiser des tâches répétitives, mais aussi aller plus loin, en prenant en charge des actions complètes à la place du collaborateur, par exemple en qualifiant les prospects, en préparant les rendez-vous commerciaux, en mettant à jour en temps réel un grand nombre de fiches produit…

Gilles Babinet : Certains secteurs, comme certains pays, s’emparent davantage de l’IA que d’autres. C’est le cas de l’Europe par rapport aux États-Unis, du monde industriel et des ETI par comparaison avec les grandes entreprises, qui ont plus de mal à se mettre à l’échelle. J’ai rencontré il y a peu un fabricant de portes-fenêtres qui avait un niveau d’intégration assez rare de l’IA. Cela lui permet d’optimiser aussi bien les emballages, le chargement des camions que les livraisons. Or ce n’est pas une grande entreprise.

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